travail Inspiré par la terre africaine où il a longuement vécu, Raphaël Soulié nous invite à une promenade colorée, scandée de toile en toile par des motifs “essentiels”, sorte de jalons successifs d’une expérience sensible et visuelle, aujourd’hui transformée en mémoire. Comme il s’en explique lui-même, ses toiles sont en fait le résultat d’images fortes gardées en mémoire ou qui s’imposent à lui dans une sorte de “persistance rétinienne“, des images qu’il lui est nécessaire de “faire sortir” et d’incarner dans la matière picturale. Il ne définit pas sa pratique comme une recherche sur le motif, qui peut se traduire, chez certains, par un travail sériel. L’image et surtout l’émotion qu’elle véhicule préexistent, son travail étant de trouver la technique, la matière qui pourra le plus fidèlement la représenter. Très fortement marqué par l’apprentissage de la peinture qu’il fait tout au long de sa jeunesse auprès de son grand oncle Marcel Soulié, sa pratique pourrait se définir essentiellement par sa recherche sur la matière et ses effets de lumière. De ses premières aquarelles à l’eau de mer, en passant par l’utilisation directe de la latérite, jusqu’aux pigments naturels qu’il travaille aujourd’hui avec un liant à l’oeuf, c’est une “cuisine de laboratoire”, ainsi qu’il le dit… Des Hibiscus, au Saré ou à L’arbre à palabres, ses peintures ont toujours pour référents des motifs concrets, qui, pour Raphaël, déploient d’autres niveaux de significations. Quelquefois pourtant ses toiles tendent à l’abstraction, même si les référents restent présents (dans Le Mont Cameroun, La savane africaine ou Mamy Wata ). Ici la matière picturale semble presque se suffire à elle-même, “presque” car, alors, le sens est réinvesti par l’explication et les textes qu’il nous propose en vis-à-vis de ses tableaux. Parlant de son travail, il insiste sur la place qu’il aime laisser à l’interprétation des autres, même s’il guide et explique. Il parle de son horreur du détail et de la trop grande précision qui peut naître de la peinture figurative, il préfère imposer une distance entre son regard et son motif, car “le beau se contemple de loin”…Son point de vue s’élève, littéralement, pour devenir quelquefois aérien comme dans certaines toiles (La piste, villages du nord et du sud, Le Mont Cameroun). De cette manière et au-delà du motif, c’est une idée, un souvenir visuel, une émotion qui se déploient... Claudie Rieu
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